Les retraites vues du Maroc

 

Je viens d’arriver pour enseigner au lycée d’Agadir, et dans le programme d’éco, basé en partie sur le système français, je dois analyser le système des retraites. Les retraites par répartition et les retraites par capitalisation, les limites et les avantages des deux systèmes. Tu te doutes bien que dans le contexte actuel en France, j’ai commencé par demander aux élèves si ils étaient au courant des mouvements importants qu’il y avait en France autour de ce sujet. En effet, un certain nombre de mes élèves connaissaient les problèmes venant de l’hexagone. Il faut juste te dire, que les élèves qui fréquentent les lycées français du Maroc ne sont pas représentatifs de l’ensemble des élèves marocains. Ils sont très souvent dans les classes favorisées et à ce titre bénéficient d’un environnement culturel diversifié, qui leur donne un regard plus large que le ‘marocain moyen’. Cela peut d’ailleurs être généralisé aux 350 000 élèves qui fréquentent les établissements français dans le monde.  Je reviens à mon sujet : les retraites. En tant qu’enseignant, je ne peux pas sortir de mon chapeau de magicien, un cours magistral, tout fait, sur les divers systèmes de retraite. Si je veux que me élèves s’intéressent au sujet et acceptent éventuellement de modifier leurs perceptions à ce sujet, il me faut connaître  les préjugés  des élèves mais aussi ce qu’on appelle les pré-requis, dans le jargon de prof, autrement dit les connaissances préalables nécessaires pour aborder le thème.

Tout d’abord quittons les clichés, dont notamment celui qui consiste à dire que le Maroc est une pays peu développé et que la retraite n’existe pas. En réalité le système, hérité des colonies, du ‘protectorat français’ jusqu’à l’indépendance du Maroc le 2 mars 1956, est très structuré. Il y a d’un côté la Caisse marocaine des retraites qui profite aux 900 000 fonctionnaires. Les militaires, les membres de la Forces Armées Royales (FAR) bénéficient d’avantages plus substantielles. D’autre part, les salariés des grandes entreprises, bénéficient d’une retraite qui sera versée par la Caisse Interprofessionnelle Marocaine de retraite. Tous les salariés des grandes banques marocaines, des assurances, des sociétés portuaires, … pourront alors obtenir leurs retraites à 63 ans (1). Par contre, tous les salariés des petites entreprises qui ne sont pas toujours déclarés, les artisans et tout ceux qui travaillent dans le secteur informel (2), ce qui représente environ 2,5 millions  d’emplois, n’auront pas de retraite sauf si ils ont pris en charge ce problème grâce à une épargne volontaire ou une assurance privée.

Et c’est là, que l’échange avec les élèves essentiellement marocain devient intéressant. En effet, au delà du système institutionnel de la retraite, il s’agit de faire confiance aux institutions et d’accepter que les organismes d’Etat prennent en charge en partie le financement des seniors. Ce n’est pas un sentiment très partagé au Maroc. Très majoritairement le marocain, va considérer que ses revenus pendant la vieillesse seront apportés par une ‘affaire familiale’ ou bien par une descendance qui traditionnellement porte assistance aux parents. Dès qu’on a de l’argent, on tente de le placer soit dans l’immobilier, soit dans diverses affaires pour ce qu’on appelle l’épargne de précaution, si je reprends le concept de SES. En réalité, au Maroc on n’est pas dans l’optique de manifester comme en France pour défendre le système. Alors que la très grande majorité des Français, considère en quelque sorte la retraite comme une propriété collective, une très grande majorité des marocains, considèrent avant tout, que la famille, la communauté proche, apporte le soutien nécessaire après 60 ans.

Ce regard vu du Maroc, sur la retraite dans le pays chérifien et  sur les manifestations pour la retraite en France, nous a permis de rappeler que le système économique est étroitement imbriqué dans un contexte social, dans un environnement culturel et sociétal. Cela tombe bien, c’est un des objectifs des profs de SES.

Annexe :

(1) http://aujourdhui.ma/actualite/retraite-le-maroc-passe-a-63-ans

(2) https://leconomiste.com/article/1003593-40-du-pib-dans-l-economie-informelle

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *