Les aventures de Bzh au Maroc

Aujourd’hui, j’ai souhaité rendre visite après les cours, à ma collègue de mathématiques, pour savoir comment elle allait. Il faut lui remonter le moral. Pendant sa journée, les quatrièmes étaient tellement horribles, qu’elle a laissé sa classe en plan, chose à ne pas faire dans l’enseignement. Tu peux faire des cours totalement inintéressants, évaluer les élèves à ton bon vouloir, ne suivre que partiellement le programme normalement imposé, mais si tu quittes ta classe, tu déroges au sacré. Un enseignant doit occuper ses élèves pendant son temps imparti. Point final dirait mon père !

Ma collègue doit donc avoir le moral dans les chaussettes. Je vais lui proposer une ‘mousse’, euh… je voulais dire un thé à la menthe.

J’arrive donc dans son bloc de bâtiments luxueux, situé en face du lycée français. Petit aparté : les lycées français de l’étranger sont toujours situés dans les quartiers chics, puisque la clientèle vit dans ces quartiers. Je demande au gardien de m’indiquer l’étage ou l’appartement de ma collègue, nouvelle venue qu’il doit donc connaître. C’est normalement une de ses fonctions, mais pas de chance il ne comprend pas vraiment ce que je lui demande. La maîtrise du français se perd un peu au Maroc depuis les années quatre-vingt puisque l’arabe a remplacé le français comme langue d’éducation au primaire et second cycle. Why not! Après tout le français n’est pas plus légitime que l’arabe, et si l’idée est de rendre l’éducation plus accessible par cette langue alors Why not. Le français préserve effectivement les enfants de l’élite d’une concurrence d’une grande majorité de la population. Mais dans un pays où la langue parlée est le darija, à base de mélange d’arabe et de berbère mais aussi de mots français berbérisés, cela va poser autant de problème. On en reparlera dans un prochain article.

Je disais donc que mon gardien, ne pouvait pas m’aider. Mais les noms des locataires ou propriétaires sont peut-être inscrits sur chaque interphone. Cela serait pratique, non ? En fait, non. Au bâtiment E10, il n’y a que des interphones partant de l’appartement D1 à D20. C’est très logique ! Je rebrousse donc chemin, décidé à faire remplir son rôle à ce gardien qui passe une bonne partie de la journée postée à l’entrée comme un samsar. Le samsar c’est celui qui est dans la rue, qui ne fait rien mais qui sait tout et qui sera répondre à tes besoins le cas échéant, contre monnaie sonnante et trébuchante. Mais pour moi cela ne fonctionne pas. Je que j’attends doit sans doute trop correspondre à une des fonctions officielles du gardien. Pas de chance. Cependant j’insiste. Je lui demande si dans la petite pièce dédiée aux gardiens il n’y a pas une trace des occupants du bloc-résidence. Il m’indique alors à travers la fenêtre ouverte, une forme que je devine au fonds de la pièce. En scrutant plus attentivement, j’aperçois alors partiellement l’autre gardien, par terre, en partie caché par un pan de mur, plié en deux pour la prière. Manifestement, il faut que j’attende la fin de l’Asr, l’une des cinq prières quotidiennes*. Que faire? Attendre patiemment pour avoir un hypothétique renseignement qui me permettra de voir ma collègue que de toute façon je verrai demain au bahut?

Je pars. On attendra demain.

* la première prière Fajr a lieu  au lever du soleil, puis Dhor lorsque le soleil est au zénith, Asr pour le milieu de l’après-midi, Maghreb pour le coucher du soleil – tu comprends maintenant pourquoi on dit Maghreb 🙂 – et enfin Ichâ pour le crépuscule.

 

 

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